Mai 2026
Ce livre est différent. Ce n’est pas une romance, un thriller ou un mystère. Créant un genre qui lui est propre, La Petite Bonne de Bérénice Pichat est une histoire triste, touchante et émouvante qui n’est pas entièrement sans espoir et sans beauté.
La présentation de ce livre est inhabituelle. De grandes sections sont écrites comme on écrirait un poème. Avec une sorte de vers libre, bien que ce ne soit pas de la poésie en tant que telle. C’est une façon de montrer des narrateurs différents, des humeurs différentes, une voix différente. Les lignes s’écoulent avec un certain rythme. La plupart du temps, c’est la voix de la servante pour laquelle ce couplet libre est utilisé, et le style de prose plus traditionnel pour la « madame » bourgeoise. Lorsque j’ai vu ce style sur la page pour la première fois, je n’étais pas sûr, mais j’en suis venu à apprécier le fonctionnement de l’approche et la façon dont elle est véritablement innovante.
Ayant travaillé dans différents foyers, la petite femme de chambre vient aider les Daniels, dans une banlieue de Paris. Presque invisible pour les familles et leur monde, elle rentre chaque soir chez son « homme » qui revient tard de son travail sur les chantiers de construction.
Le « maître » de La Petite Bonne est le « Monsieur », Blaise Daniels, qui a été blessé à la Somme lors de la première guerre mondiale et n’est même pas l’ombre de son ancien moi. Cet ancien moi qui était pianiste et musicien. Son visage est défiguré par des éclats d’obus et il a perdu les deux mains et les pieds. Ses pinces sont son seul moyen pour tenir n’importe quoi. Le livre se déroule dans les années 1930, ce qui signifie que sa femme a déjà passé 20 ans à s’occuper de son épave de mari. Des amis ont cessé de visiter, donc elle n’a pas de vie sociale.
C’est Madame Alexandrine qui reçoit des instructions à la femme de chambre.
La plupart du livre se déroule sur un week-end. Alexandrine décide de faire quelque chose qu’elle n’a pas fait depuis de nombreuses années, de partir quelques nuits pour rendre visite à sa vieille amie Irene, laissant la femme de chambre s’occuper de son mari brisé et de la maison.
S’occuper de Blaise pour ce week-end signifie le nourrir, le laver, faire face à ses changements d’humeur et surmonter sa répulsion face à l’état du corps de son maître. Au départ, Blaise décide que c’est son occasion de persuader la femme de chambre de l’aider à se tuer. Mais les choses avancent d’une manière inattendue. D’une manière ou d’une autre, un lien est créé entre les deux qui ne pouvait pas être imaginé. La relation entre eux est, pour un jour remarquable, transcendée.
Même si le roman se déroule dans l’entre-deux-guerres, certains de ses thèmes sont universels. En particulier, l’indignité, les longues heures et la servitude des travailleurs domestiques. « Elle n’a pas parlé d’espoir ». Comme l’Arabe assassiné par Camus dans L’Etranger, tout au long de ce livre, nous n’apprenons jamais le nom de cette petite servante. Qu’est-ce que ça nous dit !
Un autre thème universel est celui des anciens combattants, les anciens héros – d’anciens soldats qui sont oubliés, évités et privés de toute dignité ou amitié.
Bérénice Pichat est une institutrice basée au Havre, où elle est également née. La Petite Bonne est un premier roman remarquable qui traite de questions sensibles d’une manière émouvante et empathique. Compte tenu du sujet, j’étais d’abord hésitant – était-ce vraiment le genre de livre que je pouvais apprécier ? Mais je n’avais pas besoin de m’inquiéter. L’auteur nous emmène à l’intérieur du monde d’une jeune femme forcée de travailler de longues heures en tant que servante pour un couple bourgeois, et nous offre ainsi la possibilité – juste la possibilité – que même les plus profondément opprimés ou infirmes parmi nous puissent en quelque sorte trouver une étincelle de vie, un peu d’espoir. « Il a envoyé grandir en lui un appétit tout neuf. »









