{"id":5212,"date":"2026-02-24T17:39:05","date_gmt":"2026-02-24T17:39:05","guid":{"rendered":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/?p=5212"},"modified":"2026-02-24T17:39:05","modified_gmt":"2026-02-24T17:39:05","slug":"jean-paul-dubois-une-vie-francaise","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/?p=5212","title":{"rendered":"Jean-Paul Dubois &#8211; une vie fran\u00e7aise"},"content":{"rendered":"\n<p>Lundi, 23 f\u00e9vrier 2026<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><a href=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/dubois.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"182\" height=\"300\" src=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/dubois-182x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5213\" srcset=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/dubois-182x300.jpg 182w, http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/dubois.jpg 303w\" sizes=\"auto, (max-width: 182px) 100vw, 182px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>Toulouse, ma grande ville fran\u00e7aise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e ! Celle que je connais le mieux. Baby-boomers ! C&#8217;est moi. Soixante huitards. C&#8217;est moi aussi. Ce livre avait tous les ingr\u00e9dients pour plaire et il n&#8217;a pas d\u00e9\u00e7u. Une histoire de vie qui faisait \u00e9cho \u00e0 la mienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&#8217;ouvre sur un \u00e9v\u00e9nement qui r\u00e9sonne \u00e9galement avec ma propre vie : la mort de Vincent, le fils a\u00een\u00e9, en 1958, des suites d&#8217;une appendicite. En 1956, j&#8217;avais moi-m\u00eame \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 d&#8217;urgence pour une appendicectomie. Cela aurait pu \u00eatre moi ! Apr\u00e8s la mort de Vincent, \u00e2g\u00e9 de dix ans, un retour \u00e0 \u00eatre une famille normale n&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9 possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnage principal est Paul Blick. N\u00e9 en 1950, nous suivons son histoire de ses huit ans jusqu&#8217;\u00e0 la cinquantaine. Ce roman, publi\u00e9 en 2004, est divis\u00e9 en chapitres correspondant aux mandats des diff\u00e9rents pr\u00e9sidents fran\u00e7ais, de De Gaulle \u00e0 Chirac. Tandis que Paul traverse l&#8217;adolescence, le mariage, les succ\u00e8s et les d\u00e9sillusions professionnelles, sa vie priv\u00e9e se d\u00e9roule en parall\u00e8le des pr\u00e9sidences.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Blick est un personnage fragile qui conna\u00eet la joie, l&#8217;amour, la m\u00e9lancolie, la solitude et la trag\u00e9die. Il affronte la vie, l&#8217;amour et la mort avec une sorte de fatalisme, guid\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements. Souvent passifs, parfois \u00e9go\u00efstes, parfois tendres, ses \u00e9checs &#8211; infid\u00e9lit\u00e9 conjugale, manque d&#8217;ambition, timidit\u00e9 affective &#8211; sont rendus sans jugement.<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, <em>Une vie fran\u00e7aise<\/em> ressemble beaucoup \u00e0 un roman \u00e9crit par un homme, un homme de l\u2019\u00e9cole d\u2019\u00e9criture de Philip Roth, mais au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle progresse, on s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il s\u2019agit bien plus qu\u2019une \u00e9criture typiquement masculine. En fait, sa capacit\u00e9 \u00e0 comprendre les deux sexes a conduit le roman \u00e0 remporter le Prix Femina en 2004.<\/p>\n\n\n\n<p>Le roman continue au fil des ann\u00e9es. En particulier, bien s\u00fbr mai 1968 que l&#8217;auteur qualifie de rupture totale avec le monde pr\u00e9c\u00e9dent. Dans ce roman, Jean-Paul Dubois \u00e9voque les espoirs de millions d&#8217;hommes et de femmes de trouver une nouvelle plan\u00e8te, un autre monde, o\u00f9 l&#8217;art, l&#8217;\u00e9ducation, le sexe, la musique et la politique seraient lib\u00e9r\u00e9s des normes et des codes \u00e9troits forg\u00e9s dans la rigueur de l&#8217;apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie la plus poignante et \u00e9mouvante du roman, \u00e0 mon avis, est le dernier quart, o\u00f9 Paul Blick doit affronter la mort et le chagrin sans le r\u00e9confort ni le soutien des femmes qu&#8217;il avait connues.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux questions essentielles se poseront sans doute chez d&#8217;autres lecteurs. Premi\u00e8rement, dans quelle mesure le roman est-il autobiographique&nbsp;? Interrog\u00e9 \u00e0 ce sujet, Jean-Paul Dubois a r\u00e9pondu que le roman s&#8217;inspire des mouvements politiques de la Ve R\u00e9publique, de sa vie et des personnalit\u00e9s de l&#8217;\u00e9poque. Un \u00e9l\u00e9ment qui tend \u00e0 confirmer l&#8217;id\u00e9e que le roman n&#8217;est pas enti\u00e8rement autobiographique est le fait que, dans dix de ses romans, le personnage principal masculin s&#8217;appelle Paul et, dans huit, le personnage principal f\u00e9minin, Anna. De plus, le nom Paul, qui est la moiti\u00e9 de son nom (Jean-Paul), rec\u00e8le peut-\u00eatre un indice. Le roman est-il donc quasi autobiographique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une autre question que je me suis pos\u00e9e est de savoir si Paul Blick, quoi qu&#8217;on pense de lui, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une m\u00e9taphore de la France de cette \u00e9poque. Apr\u00e8s la mort de sa grand-m\u00e8re, il \u00e9crit : \u00ab Elle \u00e9tait ma famille de l\u2019\u00e9poque, d\u00e9plaisante, surann\u00e9e, r\u00e9actionnaire, terriblement triste. En un mot, fran\u00e7aise. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9crivains fran\u00e7ais excellent dans ce genre de roman, simple et \u00e9mouvant, qui d\u00e9peint une vie \u00e0 la fois ordinaire et fascinante, avec des personnages d\u2019un r\u00e9alisme saisissant. L\u2019histoire elle-m\u00eame semblait authentique. Bien qu\u2019<em>une vie fran\u00e7aise<\/em> soit tr\u00e8s diff\u00e9rente, stylistiquement, de celle d\u2019Annie Ernaux, elle m\u2019a n\u00e9anmoins rappel\u00e9 son roman <em>les ann\u00e9es.<\/em> Les deux romans traversent la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe, et tous deux s\u2019efforcent de saisir l\u2019\u00e2me de la France moderne.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce roman est une m\u00e9ditation sur le temps, la politique, la famille et les trag\u00e9dies du quotidien, souvent teint\u00e9e d&#8217;un humour ironique ou subtil. \u00c0 la fois intimiste et d&#8217;une grande port\u00e9e, il retrace la vie d&#8217;un homme ordinaire sur fond d&#8217;histoire fran\u00e7aise contemporaine. Il r\u00e9v\u00e8le la rapidit\u00e9 avec laquelle le pr\u00e9sent se mue en pass\u00e9, et la facilit\u00e9 avec laquelle l&#8217;id\u00e9alisme de la jeunesse c\u00e8de la place, presque imperceptiblement, aux compromis et aux fardeaux de la quarantaine. On y voit comment la vie ordinaire et la politique s&#8217;entrem\u00ealent et comment, au fil du temps, avec ses d\u00e9ceptions, ses petites victoires et ses compromis, la vie de Paul refl\u00e8te celle de nombreux Fran\u00e7ais de l&#8217;apr\u00e8s-guerre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lundi, 23 f\u00e9vrier 2026 Toulouse, ma grande ville fran\u00e7aise pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e ! Celle que je connais le mieux. Baby-boomers ! C&#8217;est moi. Soixante huitards. C&#8217;est moi aussi. Ce livre avait tous les ingr\u00e9dients pour plaire et il n&#8217;a pas d\u00e9\u00e7u. 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