{"id":5220,"date":"2026-03-31T20:45:08","date_gmt":"2026-03-31T19:45:08","guid":{"rendered":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/?p=5220"},"modified":"2026-04-27T17:35:44","modified_gmt":"2026-04-27T16:35:44","slug":"patrick-modiano-un-pedigree","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/?p=5220","title":{"rendered":"Patrick Modiano &#8211; un pedigree"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-medium\"><a href=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/pedigree.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"176\" height=\"300\" src=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/pedigree-176x300.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5225\" srcset=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/pedigree-176x300.jpg 176w, http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/pedigree.jpg 294w\" sizes=\"auto, (max-width: 176px) 100vw, 176px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>lundi 30 mars 2026<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le quatri\u00e8me roman de Patrick Modiano que je lis avec mon groupe de lecture de l\u2019Alliance Fran\u00e7aise, et il porte toutes les marques famili\u00e8res de son \u0153uvre&nbsp;: la m\u00eame atmosph\u00e8re insaisissable, le m\u00eame style \u00e9pur\u00e9, les m\u00eames th\u00e8mes r\u00e9currents et un cadre \u00e9tonnamment familier. D\u2019ailleurs, lors de la remise du prix Nobel de litt\u00e9rature, Modiano lui-m\u00eame a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai l\u2019impression d\u2019\u00e9crire le m\u00eame livre depuis 45&nbsp;ans.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Si la plupart des livres de Modiano s&#8217;inspirent de sa vie, Un Pedigree est plus clairement autobiographique. Cependant, il ne s&#8217;agit pas d&#8217;une autobiographie conventionnelle. \u00c0 l&#8217;instar d&#8217;Annie Ernaux qui, avec Les Ann\u00e9es, a explor\u00e9 une nouvelle forme d&#8217;\u00e9criture autobiographique, Modiano s&#8217;attache \u00e0 d\u00e9velopper un style qui lui est propre dans le r\u00e9cit de sa jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;ambiance est triste et m\u00e9lancolique, rappelant le style de Raymond Chandler, un noir parisien, avec des phrases courtes.<\/p>\n\n\n\n<p>Par moments, le livre ressemble \u00e0 un annuaire t\u00e9l\u00e9phonique tandis qu&#8217;il \u00e9num\u00e8re nom apr\u00e8s nom, chacun avec son adresse compl\u00e8te et les dates pertinentes. <em>\u00ab J\u2019\u00e9cris ces pages comme on r\u00e9dige un constat ou un curriculum vitae, \u00e0 titre documentaire et sans doute pour en finir avec une vie qui n\u2019\u00e9tait pas la mienne.\u00bb<\/em> Une vie qui n&#8217;\u00e9tait pas la sienne! Le ton est neutre ; les \u00e9v\u00e9nements sont rapport\u00e9s sans jugement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rassemble tout ce dont il se souvient des 21 premi\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Il d\u00e9die le livre \u00e0 son jeune fr\u00e8re Rudy dont la mort en 1957 l&#8217;a clairement gravement affect\u00e9. <em>\u201c\u00c0 part mon fr\u00e8re Rudy, sa mort, je crois que rien de tout ce que je rapporterai ici ne me concerne en profondeur.\u201d<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 le style d\u00e9tach\u00e9 et sobre qui caract\u00e9rise Patrick Modiano, le lecteur per\u00e7oit son \u0153uvre d&#8217;une tout autre mani\u00e8re. Les tensions non dites qui persistent entre les lignes, ainsi que les impressions subtiles \u00e9voqu\u00e9es par les noms et les lieux, se combinent pour cr\u00e9er une exp\u00e9rience de lecture bien plus riche et compl\u00e8te que les mots seuls ne pourraient le sugg\u00e9rer.<\/p>\n\n\n\n<p>Peu \u00e0 peu, nous r\u00e9alisons l&#8217;enfance malheureuse, chaotique et souvent n\u00e9glig\u00e9e qu&#8217;il a subie. Six ans ou plus d&#8217;internat ont laiss\u00e9 leur marque. Et des parents qui avaient peu de temps pour lui, et qui trouvaient toujours des gardiens. Il raconte le moment o\u00f9 un fianc\u00e9 de sa m\u00e8re lui a offert un chien chow-chow en cadeau. Il \u00e9crit : <em>\u00ab mais elle ne s\u2019occupait pas de lui et le confiait \u00e0 diff\u00e9rentes personnes, comme elle le fera plus tard avec moi. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Sa m\u00e8re est issu d&#8217;un milieu de la classe ouvri\u00e8re en Belgique flamande. Elle travaille comme actrice quand elle le peut. Ils vivent principalement dans la pauvret\u00e9. Elle a des relations avec des personnalit\u00e9s. Ainsi, malgr\u00e9 la pr\u00e9carit\u00e9 de sa famille, Modiano c\u00f4toie r\u00e9guli\u00e8rement des gens int\u00e9ressants, dont certains sont familiers, comme Boris Vian et Raymond Queneau. Son p\u00e8re et son grand-p\u00e8re paternel \u00e9taient juifs. N\u00e9 \u00e0 Paris, son p\u00e8re devint un trafiquant et un marchand du march\u00e9 noir, ayant parfois de l&#8217;argent, mais le plus souvent pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans nombre de romans de Modiano, le Paris d\u2019apr\u00e8s-guerre n\u2019est pas seulement un d\u00e9cor, mais un personnage central. Le livre \u00e9claire les th\u00e8mes r\u00e9currents chez Modiano, de l\u2019identit\u00e9, de la m\u00e9moire et de l\u2019Occupation de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Principalement \u00e9crivain de romans semi-autobiographiques, il a \u00e9galement apport\u00e9 ses talents au cin\u00e9ma et \u00e0 la musique. Avec le r\u00e9alisateur Louis Malle, en 1974, Modiano a \u00e9crit le sc\u00e9nario de <em>Lacombe Lucien.<\/em> En 1968, il a \u00e9crit les paroles de la pi\u00e8ce de ragtime de Fran\u00e7oise Hardy, <em>\u00c9tonnez-moi, Beno\u00eet.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Avec Modiano, il ne faut pas s&#8217;attendre \u00e0 des r\u00e9ponses toutes faites, ni \u00e0 un r\u00e9cit lin\u00e9aire suivant la chronologie habituelle des romans. Pourtant, comme pour ses autres romans, et malgr\u00e9 le style d\u00e9tach\u00e9, presque clinique, la lecture de <em>Un Pedigree<\/em> exerce une \u00e9trange fascination, et c&#8217;est cette compulsion \u00e0 lire qui doit contribuer de mani\u00e8re significative aux succ\u00e8s de l&#8217;auteur..<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&#8217;est que lorsque son premier livre est accept\u00e9 pour publication qu&#8217;il devient enfin lui-m\u00eame : <em>\u201cCe soir-l\u00e0, je m\u2019\u00e9tais senti l\u00e9ger pour la premi\u00e8re fois de ma vie. La menace qui pesait sur moi pendant toutes ces ann\u00e9es, me contraignant \u00e0 \u00eatre sans cesse sur le qui-vive, s\u2019\u00e9tait dissip\u00e9e dans l\u2019air de Paris. J\u2019avais pris le large avant que le ponton vermoulu ne s\u2019\u00e9croule. Il \u00e9tait temps.\u201d\u00a0 <\/em>Combien la litt\u00e9rature fran\u00e7aise aurait-elle \u00e9t\u00e9 plus pauvre si Modiano n&#8217;avait pas r\u00e9ussi \u00e0 \u2018pris le large\u2019 quand il l&#8217;a fait !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>lundi 30 mars 2026 C\u2019est le quatri\u00e8me roman de Patrick Modiano que je lis avec mon groupe de lecture de l\u2019Alliance Fran\u00e7aise, et il porte toutes les marques famili\u00e8res de son \u0153uvre&nbsp;: la m\u00eame atmosph\u00e8re insaisissable, le m\u00eame style \u00e9pur\u00e9, &hellip; <a href=\"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/?p=5220\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-5220","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-uncategorised"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5220"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5220\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5233,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5220\/revisions\/5233"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/lesliaisonsliteraires.co.uk\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}