Lundi, 23 février 2026
Toulouse, ma grande ville française préférée ! Celle que je connais le mieux. Baby-boomers ! C’est moi. Soixante huitards. C’est moi aussi. Ce livre avait tous les ingrédients pour plaire et il n’a pas déçu. Une histoire de vie qui faisait écho à la mienne.
Il s’ouvre sur un événement qui résonne également avec ma propre vie : la mort de Vincent, le fils aîné, en 1958, des suites d’une appendicite. En 1956, j’avais moi-même été hospitalisé d’urgence pour une appendicectomie. Cela aurait pu être moi ! Après la mort de Vincent, âgé de dix ans, un retour à être une famille normale n’a jamais été possible.
Le personnage principal est Paul Blick. Né en 1950, nous suivons son histoire de ses huit ans jusqu’à la cinquantaine. Ce roman, publié en 2004, est divisé en chapitres correspondant aux mandats des différents présidents français, de De Gaulle à Chirac. Tandis que Paul traverse l’adolescence, le mariage, les succès et les désillusions professionnelles, sa vie privée se déroule en parallèle des présidences.
Paul Blick est un personnage fragile qui connaît la joie, l’amour, la mélancolie, la solitude et la tragédie. Il affronte la vie, l’amour et la mort avec une sorte de fatalisme, guidé par les événements. Souvent passifs, parfois égoïstes, parfois tendres, ses échecs – infidélité conjugale, manque d’ambition, timidité affective – sont rendus sans jugement.
Au début, Une vie française ressemble beaucoup à un roman écrit par un homme, un homme de l’école d’écriture de Philip Roth, mais au fur et à mesure qu’elle progresse, on s’aperçoit qu’il s’agit bien plus qu’une écriture typiquement masculine. En fait, sa capacité à comprendre les deux sexes a conduit le roman à remporter le Prix Femina en 2004.
Le roman continue au fil des années. En particulier, bien sûr mai 1968 que l’auteur qualifie de rupture totale avec le monde précédent. Dans ce roman, Jean-Paul Dubois évoque les espoirs de millions d’hommes et de femmes de trouver une nouvelle planète, un autre monde, où l’art, l’éducation, le sexe, la musique et la politique seraient libérés des normes et des codes étroits forgés dans la rigueur de l’après-guerre.
La partie la plus poignante et émouvante du roman, à mon avis, est le dernier quart, où Paul Blick doit affronter la mort et le chagrin sans le réconfort ni le soutien des femmes qu’il avait connues.
Deux questions essentielles se poseront sans doute chez d’autres lecteurs. Premièrement, dans quelle mesure le roman est-il autobiographique ? Interrogé à ce sujet, Jean-Paul Dubois a répondu que le roman s’inspire des mouvements politiques de la Ve République, de sa vie et des personnalités de l’époque. Un élément qui tend à confirmer l’idée que le roman n’est pas entièrement autobiographique est le fait que, dans dix de ses romans, le personnage principal masculin s’appelle Paul et, dans huit, le personnage principal féminin, Anna. De plus, le nom Paul, qui est la moitié de son nom (Jean-Paul), recèle peut-être un indice. Le roman est-il donc quasi autobiographique ?
Une autre question que je me suis posée est de savoir si Paul Blick, quoi qu’on pense de lui, peut être considéré comme une métaphore de la France de cette époque. Après la mort de sa grand-mère, il écrit : « Elle était ma famille de l’époque, déplaisante, surannée, réactionnaire, terriblement triste. En un mot, française. »
Les écrivains français excellent dans ce genre de roman, simple et émouvant, qui dépeint une vie à la fois ordinaire et fascinante, avec des personnages d’un réalisme saisissant. L’histoire elle-même semblait authentique. Bien qu’une vie française soit très différente, stylistiquement, de celle d’Annie Ernaux, elle m’a néanmoins rappelé son roman les années. Les deux romans traversent la seconde moitié du XXe siècle et le début du XXIe, et tous deux s’efforcent de saisir l’âme de la France moderne.
Ce roman est une méditation sur le temps, la politique, la famille et les tragédies du quotidien, souvent teintée d’un humour ironique ou subtil. À la fois intimiste et d’une grande portée, il retrace la vie d’un homme ordinaire sur fond d’histoire française contemporaine. Il révèle la rapidité avec laquelle le présent se mue en passé, et la facilité avec laquelle l’idéalisme de la jeunesse cède la place, presque imperceptiblement, aux compromis et aux fardeaux de la quarantaine. On y voit comment la vie ordinaire et la politique s’entremêlent et comment, au fil du temps, avec ses déceptions, ses petites victoires et ses compromis, la vie de Paul reflète celle de nombreux Français de l’après-guerre.
